Entretien avec Céline Mothes
Rencontre avec Céline Mothes, ancienne patineuse des Alouettes de Pessac (de 1992 à 2003) et à la tête de la nouvelle équipe de patinage synchronisé de Paris. Pour StanandSkate, Céline Mothes revient avec nous sur la création de cette équipe et nous éclaire sur la discipline.
Comment est né ce projet de monter une équipe à Paris ?
Ce projet, il est né du fait que nous sommes Delphine Vincenot et moi deux anciennes patineuses des Alouettes de Pessac et Pia Linnonmaa-Botté elle était l'entraîneur des Alouettes. Le club de Pessac a fermé il y a un an exactement. Alors, c'est vrai que l'idée a suivi son chemin parce qu'il n'y avait pas d'équipe de patinage synchronisé à Paris (intra-muros) depuis les Naïades. Les Naïades c'était déjà il y a une bonne quinzaine d'année. Avec la fermeture du club de Pessac et du coup la disponibilité de Pia Linnonmaa-Botté on s'est dit que c'était le moment.
Quelles sont les figures principales du patinage synchronisé ?
C'est une discipline qui se pratique à 20 patineurs mais 16 titulaires. Les figures de base c'est la ligne, le bloc, les entrecroisements, la roue et le cercle. De ces cinq figures de base, on peut multiplier les figures à l'infini.
Quelles sont les qualités qu'il faut avoir pour intégrer une équipe de patinage synchronisé
Ce qui est certain, c'est que la qualité principale du patineur synchronisé, c'est d'être complet. Le patinage synchronisé, ce n'est pas du patinage artistique, ni de la danse sur glace. C'est un peu tout ça à la fois, car on a par exemple des éléments de patinage artistique avec les pirouettes, des éléments de couple avec les portés, des éléments de danse sur glace avec les séquences de pas. Le fait d'être complet, c'est très important et puis évidement il faut être un bon patineur avec un bon niveau. Même si encore beaucoup trop de gens pensent que le patinage synchronisé, c'est réservé aux patineurs qui n'ont pas réussi en individuel, c'est faux. Il y a une vraie place pour les patineurs qui veulent faire de la synchro, tout simplement parce qu'ils en ont marre de patiner tout seuls et peut-être envie de rejoindre une équipe, de patiner avec un groupe et d'avoir des objectifs différents.
Comment gère-t-on une équipe ?
Déjà une équipe, c'est une somme d'individualités. Ce qui est certain c'est qu'il faut prendre en ligne de compte tout ça, tous les caractères et essayer de les faire avancer tous ensemble vers un même objectif. En fait, on gère une équipe exactement comme on va gérer une entreprise, c'est vraiment du management. Il faut faire attention à chacun des membres de l'équipe car on considère que chacun peut apporter au groupe. Ça, c'est un peu notre philosophie, la façon dont on voit les choses.
Quelle est la part de créativité dans le patinage synchronisé ?
Dans la synchro, on doit vraiment faire un vrai travail de recherche pour se différencier, que ce soit sur la musique, les tuniques, sur le travail de projection vers les juges des éléments d'équipe, ça c'est un travail essentiel pour se distinguer les uns des autres.
La France a pris la seizième place des championnats du monde de patinage synchronisé, ce qui la place encore en retrait par apport aux leaders comme la Finlande ou les Etats-Unis, comment peut-on l'expliquer et quels sont les axes de progression ?
En fait, cette discipline n'est plus une discipline qui est jeune contrairement à ce qu'on veut laisser croire et qui est une excuse un peu facile. La synchro existe en France depuis les années 90, donc ça fait déjà longtemps. La raison principale c'est qu'on manque de soutien de la part de notre fédération. La F.F.S.G à laquelle le patinage synchronisé appartient ne donne pas à ses équipes suffisamment de moyens et n'a pas encore mis en avant de vraie politique de développement. Une politique de développement au sein de la commission nationale de patinage synchronisé ça existe mais moi ce que je voudrais voir arriver, c'est une vraie volonté de la part des hautes instances de la fédération de mettre en avant le patinage synchronisé français parce que mine de rien il y a des équipes.
En France, il y a environ une soixantaine d'équipes avec des patineurs de tout niveau qui ne demandent qu'à progresser. Les axes de travail aujourd'hui, il ne faut pas se voiler la face, les équipes travaillent chacune dans leur coin avec les moyens qu'on leur donne, avec souvent pas suffisamment d'heures de glace; quand on sait qu'en Finlande, les Rockettes s'entrainent prés de 25 heures par semaine, nous avec nos cinq ou six heures, on les fait bien rigoler. D'une politique fédérale découlera des moyens et des moyens découleront forcement la progression et de là les résultats.
Récemment, l'I.S.U a décidé de créer une épreuve de patinage par équipe qui est en fait le regroupement de patineurs individuels, n'est-il pas étonnant que le patinage synchronisé qui est une vraie discipline collective et qui a de l'importance n'est pas été choisie ?
On a dépassé le cadre de l'étonnement car on sait que ça fait déjà un bon bout de temps que c'est dans les papiers. Le bruit a couru depuis le début de la saison et oui c'est révoltant pour les gens qui militent pour le patinage synchronisé depuis des années et moi j'en fait partie car j'ai commencé la synchro en 1992. C'est révoltant d'entendre dire qu'enfin le patinage va connaître une dimension collective, alors que cette dimension collective elle existe déjà et c'est nous qui l'apportons avec le patinage synchronisé.
On est pas dupes, on sait très bien que l'entrée aux Jeux de la discipline par équipe, c'est faire une autre discipline à moindre frais, tous les patineurs synchronisés ont compris ça et malheureusement j'ai peur que cette entrée du patinage par équipe ferme la porte au patinage synchronisé de façon définitive. Simplement, je pense que le C.I.O n'a jamais voulu rentrer le patinage synchronisé aux J.O et qu'aujourd'hui ce sera difficile, même si on va pas lâcher et continuer à se battre pour cette discipline qu'on adore. On croise les doigts pour qu'un jour il y ait plus d'argent et qu'on s'intéresse à cette discipline au plus haut niveau des instances et pour le coup olympiques.
A l'exception de la French Cup (Rouen) diffusée sur Internet par France 3 Normandie, il y a très peu de médiatisation de la discipline, quelles en sont les raisons et est-ce la même chose dans les autres pays ?
C'est pas tout à fait pareil, dans les autres pays, il y a quand même des diffusions un peu plus régulières notamment en Finlande, aux États-Unis et au Canada. En France, c'est la même raison qui fait que le patinage synchronisé français peine encore à rivaliser avec les meilleures équipes mondiales, c'est à dire un manque d'implication et de moyens de la part de la F.F.S.G. En fait, on se mord un peu la queue, tant qu'on a pas de politique de développement ou du moins tant que la fédération ne nous donne pas un vrai coup de main pour avancer, on a pas de résultats. On se plaint qu'on est pas médiatisé mais forcement les médias vont avoir du mal à s'intéresser à nous tant qu'on a pas de résultats, c'est un peu un cercle vicieux et ça peut venir que de la-haut.
Les championnats du Monde quel regard portez vous à la fois sur les performances des trois équipes leaders et sur les performances françaises ?
J'ai eu la chance de pouvoir être là-bas, encore aujourd'hui il y a la Finlande et le reste du monde. La Finlande prend les deux premières places. Pour moi, les États-Unis à la troisième place, j'ai envie de dire oui mais j'ai pas vraiment été emballée par leur prestation. Je trouve que malheureusement l'équipe américaine stagne un peu et en tout cas fait partie de ces équipes auxquelles j'aurais envie de dire «Essayer d'aller creuser un peu ailleurs vos thèmes, essayer d'amener quelque chose de nouveau...» aujourd'hui clairement c'est ce qui manque par apport à l'équipe des États-Unis.
Pour moi, si il n'y avait qu'un programme à retenir, ce serait le programme long de l'équipe des Team Surprise qui pour moi méritait la médaille et qui l'a raté à cause d'un programme court pas suffisamment à la hauteur. Je ne retiendrais que le programme des Team Surprise qui m'a laissée en apnée pendant quatre minutes trente, tellement il était techniquement difficile et chorégraphiquement recherché, c'est pour moi le must de ces championnats du monde. Je dirai que l'équipe française elle a patiné très proprement ses deux programmes. Elle a peut-être montré un peu trop retenue sur le programme court mais heureusement elle a un peu lâché les choses,sur le programme long. C'est souvent un défaut qu'ont les équipes françaises, d'arriver sur une compétition en s'excusant au début en se disant «on va se lâcher sur le long» et puis finalement c'est un peu trop tard mais les françaises ont patiné au mieux de leurs possibilités.
Interview réalisée par Vanessa Saksik le 29 avril 2011